{"id":2311,"date":"2007-09-15T13:32:34","date_gmt":"2007-09-15T13:32:34","guid":{"rendered":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/?p=2311"},"modified":"2007-09-15T13:32:34","modified_gmt":"2007-09-15T13:32:34","slug":"2007-9-15-the-sociology-and-economics-of-vote-buying-in-morocco-html","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/?p=2311","title":{"rendered":"The sociology and economics of vote-buying in Morocco"},"content":{"rendered":"<div data-src=\"v5\">Yesterday Le Monde published a fascinating analysis of the recent Moroccan parliamentary elections. I am pasting the full article after the jump since I don&#8217;t think it&#8217;s available to non-subscribers, and will focus on a choice excerpt here:<\/p>\n<blockquote><p>En fait, c&#8217;est l&#8217;abstention sociologique &#8211; celle de la masse des marginalis&#233;s sociaux &#8211; qui s&#8217;est le plus amplifi&#233;e entre 2002 et 2007, en relation &#233;troite avec le rel&#226;chement du maillage social et politique, en ville bien davantage qu&#8217;&#224; la campagne (respectivement 30 % et 43 % de participation). D&#8217;une part, ces populations craignent beaucoup moins les repr&#233;sailles administratives si elles ne se rendent pas aux urnes. D&#8217;autre part, l&#8217;introduction du bulletin unique rend le contr&#244;le de l&#8217;&#233;change marchand des voix beaucoup plus co&#251;teux : il faut aussi avoir les moyens d&#8217;acheter suffisamment de t&#233;l&#233;phones portables avec appareil photo int&#233;gr&#233; pour permettre &#224; l&#8217;&#233;lecteur d&#8217;attester dans l&#8217;isoloir qu&#8217;il a rempli sa part du march&#233; ! Il est donc plus difficile de monnayer la voix des &#8221; pauvres &#8221; contre de l&#8217;argent. Dor&#233;navant, ils ont peu &#224; gagner ou &#224; perdre dans une telle transaction.<\/p>\n<p><strong>My translation: <\/strong>In fact, it is sociological absentionism &#8212; that of the masses of social marginals &#8212; that has been most amplified between 2002 and 2007, in close correlation with the withdrawal of the social and political lockdown [of former security practices], in cities much more than in the countryside (respectively 30% and 43% participation rates). On the one hand, these populations have much less to fear from security forces if they do not vote. On the other, the introduction of the single ballot makes controlling vote-buying much more expensive [for vote-buyers]: one must have the means of buying enough camera-phones to enable the voter to prove that he has fulfilled his part of the bargain! It is therefore more difficult to exchange the votes of the &#8220;poor&#8221; for money. From now on, they have little to gain or win in such a transaction.<\/p><\/blockquote>\n<p>In other words, even though it is said there was a high amount of vote-buying in the election, vote-buying overall has become more expensive and therefore is necessarily limited. In turn, there is less motivation for vote-sellers to go vote, especially as the relative security\/political liberalization of the past decade mean that the state intimidation factor (go vote or else!) once enforced through the ground-level representatives of the Ministry of Interior (moqaddems etc.) is no longer such a compelling reason to vote.<\/p>\n<p>Do read the article through the end for a solid analysis of why the Istiqlal party came first &#8212; basically its well-established party machine and network of notables and municipal level supporters across the country. Hence why I have kept hearing that municipal elections (the next ones being in 2009) are more important than parliamentary ones, because they represent a real local-level form of political representation compared to the more abstract parliamentary representation (and everyone complains that they only see their MPs during elections anyway.)<br \/><!--more--><br \/><strong>Full Article<\/strong><em><\/p>\n<p><\/em><strong><em>Elections au Maroc : l&#8217;h&#233;ritage d&#8217;Hassan II<\/em><\/strong><em><br \/>Si la sc&#232;ne &#233;lectorale s&#8217;apparente davantage &#224; un grand souk des voix, le politique se r&#233;fugie ailleurs Les deux gagnants des l&#233;gislatives du 7 septembre sont le client&#233;lisme et un abstentionnisme multiforme<\/p>\n<p>Au Maroc, le raz de mar&#233;e islamiste annonc&#233; n&#8217;a pas eu lieu. Pour trois raisons. En premier lieu, les effets d&#8217;une ing&#233;nierie &#233;lectorale sophistiqu&#233;e ne sont pas &#224; minorer. D&#233;coupage finement cisel&#233; et mode de scrutin de liste &#224; la proportionnelle &#224; un tour interdisent l&#8217;&#233;mergence d&#8217;une majorit&#233; absolue.<\/p>\n<p>Ensuite, si Hassan II est mort, son h&#233;ritage demeure plus vivace que jamais. Les analyses &#233;lectorales effectu&#233;es par R&#233;my Leveau dans les ann&#233;es 1960 permettaient de d&#233;gager une carte politique r&#233;v&#233;lant des &#8221; blocs massifs de tendances oppos&#233;es &#8220;, refl&#233;tant des clivages g&#233;ographiques, sociaux et culturels qui d&#233;partageaient les quatre grands partis d&#8217;alors. Quarante ans plus tard, le pluralisme social s&#8217;est mu&#233; en balkanisation politique. Sous Mohammed VI, nul besoin d&#8217;accompagner la naissance de partis loyaux : 33 partis &#233;taient en lice le 7 septembre.<\/p>\n<p>En troisi&#232;me lieu, agiter l&#8217;&#233;pouvantail de l&#8217;islamisme &#8211; les &#8221; classes dangereuses &#8221; d&#8217;aujourd&#8217;hui &#8211; est utile politiquement. Mais, on le voit bien, il ne suffit pas de crier &#8221; Dieu est grand ! &#8221; pour mobiliser les voix de la communaut&#233; des croyants. Certes, lors du dernier scrutin l&#233;gislatif, le Parti de la justice et du d&#233;veloppement (PJD) est arriv&#233; en premi&#232;re position en nombre de voix, et en seconde en si&#232;ges (46 si&#232;ges). Dans la tribune de l&#8217;opposition, il a succ&#233;d&#233; &#224; la gauche, apr&#232;s avoir r&#233;alis&#233; un syncr&#233;tisme entre social-d&#233;mocratie et tradition islamique r&#233;invent&#233;e, impr&#233;gn&#233; de discours moralisateur et identitaire. Actuellement, c&#8217;est l&#8217;un des partis les mieux organis&#233;s et le plus dot&#233; en ressources militantes instruites et disciplin&#233;es. Mais son ancrage est avant tout urbain.<\/p>\n<p>Or les cadres du PJD le savent bien : en ville, il leur manque la grande organisation syndicale que la gauche a contr&#244;l&#233;e en son temps. De plus, leurs sections estudiantines, f&#233;minines, leurs scouts et leurs associations de bienfaisance sont concurrenc&#233;s m&#234;me en milieu urbain par les notables qui disposent d&#8217;une manne financi&#232;re autrement importante.<\/p>\n<p>Au village, la comp&#233;tition est d&#8217;autant plus rude que les autorit&#233;s locales continuent &#224; soutenir plus ou moins discr&#232;tement les &#8221; d&#233;fenseurs du tr&#244;ne &#8220;. Si le PJD a fait une perc&#233;e fulgurante lors des l&#233;gislatives de 2002 en pr&#233;sentant des candidats dans la moiti&#233; des circonscriptions, c&#8217;est aussi parce qu&#8217;il avait concentr&#233; ses efforts sur les lieux o&#249; la d&#233;monstration de force &#233;tait possible. Depuis, le parti a d&#233;&#231;u une partie de ses &#233;lecteurs : sa normalisation acc&#233;l&#233;r&#233;e, le souci d&#8217;apaiser les &#233;lites marocaines et l&#8217;opinion publique internationale, ont donn&#233; l&#8217;impression &#224; certains de ses sympathisants que &#8221; le match est vendu &#8220;.<\/p>\n<p>En revanche, si victoire il y a eu le 7 septembre, c&#8217;est bien celle des abstentionnistes (63 % des inscrits contre 49 % en 2002) et du client&#233;lisme &#233;lectoral. Les chiffres homog&#233;n&#233;isent de mani&#232;re factice la pluralit&#233; des voix de l&#8217;abstention et des votes &#8221; invalides &#8221; (19 % des votes exprim&#233;s). Ils amalgament r&#233;fractaires constants et irr&#233;guliers, anciens et nouveaux, indiff&#233;rents et impliqu&#233;s, exclus politiques et marginalis&#233;s sociaux, &#8221; incomp&#233;tents &#8221; et &#8221; trop comp&#233;tents &#8220;, etc. Alors que l&#8217;abstention active d&#233;limite les fronti&#232;res &#224; g&#233;om&#233;trie variable entre l'&#8221; opposition de Sa Majest&#233; &#8221; et l'&#8221; opposition &#224; Sa Majest&#233; &#8220;, l&#8217;abstention passive gagne du terrain et exprime la fameuse &#8221; crise de la repr&#233;sentation politique &#8220;.<\/p>\n<p>Au premier chef, elle repose sur une remise en cause de la classe politique dans son ensemble, islamistes compris. Sur un autre plan, le Parlement et le gouvernement ne sont pas per&#231;us comme des lieux de prise de d&#233;cision : le pouvoir est ailleurs, au sommet du royaume, dans les commissions et les fondations royales.<\/p>\n<p>Paradoxalement, dans cette derni&#232;re cat&#233;gorie d&#8217;abstentionnistes, l&#8217;on compte aussi bien les adeptes que les pourfendeurs du marketing politique dont fait l&#8217;objet Mohammed VI : un roi en campagn<br \/>\ne permanente &#224; l&#8217;image des sultans prestigieux d&#8217;antan, comme le confirmait le discours du tr&#244;ne du 30 juillet : &#8221; Je m&#8217;attache &#224; d&#233;finir les grandes orientations pour la nation marocaine. (&#8230;) Les &#233;lections ne consistent pas, au fond, &#224; s&#8217;engager dans une comp&#233;tition inutile et inopportune, &#224; propos des judicieux choix strat&#233;giques de la nation. &#8220;<\/p>\n<p>Parmi les nouveaux abstentionnistes, signalons aussi les orphelins de la gauche qui n&#8217;ont &#233;t&#233; s&#233;duits ni par le PJD ni par les petites formations de gauche. A la source du d&#233;senchantement se trouve peut-&#234;tre l&#8217;&#233;valuation des r&#233;sultats obtenus au sein du gouvernement, mais surtout le fonctionnement interne de l&#8217;Union socialiste des forces populaires (USFP), ses ambivalences, les couleuvres que le palais lui aurait fait avaler, son soutien plus ou moins explicite &#224; la r&#233;pression de journalistes et de dipl&#244;m&#233;s au ch&#244;mage, la rupture avec les bases, etc. De premier parti en 2002 (50 si&#232;ges), l&#8217;USFP est devenu le 5e en septembre (38 si&#232;ges).<\/p>\n<p>En fait, c&#8217;est l&#8217;abstention sociologique &#8211; celle de la masse des marginalis&#233;s sociaux &#8211; qui s&#8217;est le plus amplifi&#233;e entre 2002 et 2007, en relation &#233;troite avec le rel&#226;chement du maillage social et politique, en ville bien davantage qu&#8217;&#224; la campagne (respectivement 30 % et 43 % de participation). D&#8217;une part, ces populations craignent beaucoup moins les repr&#233;sailles administratives si elles ne se rendent pas aux urnes. D&#8217;autre part, l&#8217;introduction du bulletin unique rend le contr&#244;le de l&#8217;&#233;change marchand des voix beaucoup plus co&#251;teux : il faut aussi avoir les moyens d&#8217;acheter suffisamment de t&#233;l&#233;phones portables avec appareil photo int&#233;gr&#233; pour permettre &#224; l&#8217;&#233;lecteur d&#8217;attester dans l&#8217;isoloir qu&#8217;il a rempli sa part du march&#233; ! Il est donc plus difficile de monnayer la voix des &#8221; pauvres &#8221; contre de l&#8217;argent. Dor&#233;navant, ils ont peu &#224; gagner ou &#224; perdre dans une telle transaction.<\/p>\n<p>D&#232;s lors, le client&#233;lisme &#233;lectoral et la dimension censitaire du scrutin (il faut &#234;tre fortun&#233; pour mener une campagne tambour battant !) sortent revigor&#233;s de cette jonction entre lib&#233;ralisation relative et d&#233;senchantement politique. Car il ne faut pas se tromper sur l&#8217;interpr&#233;tation des succ&#232;s de l&#8217;Istiqlal (52 si&#232;ges). Depuis sa cr&#233;ation, en 1944, le registre nationaliste a fait long feu. Lorsque des candidats du Parti de l&#8217;ind&#233;pendance essayaient de mobiliser les &#233;lecteurs en leur rappelant &#8221; nous avons lib&#233;r&#233; le pays &#8220;, des jeunes leur r&#233;torquaient &#8221; vous n&#8217;auriez pas d&#251; &#8220;. Ce ne sont pas non plus les r&#233;alisations des superministres de la jeune garde du parti qui ont rapport&#233; le maximum de voix.<\/p>\n<p>Pour l&#8217;Istiqlal comme pour le Mouvement populaire (41 si&#232;ges) et bien d&#8217;autres, la diff&#233;rence a &#233;t&#233; faite par les machines &#224; fabriquer le vote et &#224; coopter les notables argent&#233;s : pr&#233;sidences de commune, quadrillage de certains villages, quartiers populaires et bidonvilles par des leaders locaux, coul&#233;s &#224; l&#8217;occasion dans le moule des associations.<\/p>\n<p>Pourtant, on aurait tort de parler de d&#233;politisation g&#233;n&#233;rale des Marocains. Si la sc&#232;ne &#233;lectorale s&#8217;apparente davantage &#224; un grand souk des voix, le politique se r&#233;fugie ailleurs. En t&#233;moignent la vigueur de certains mouvements sociaux, les grandes mobilisations en faveur de la Palestine ou de l&#8217;Irak, mais aussi l&#8217;excitation que manifestent les Marocains lors des pr&#233;sidentielles en France. Lorsqu&#8217;il y a des enjeux et de la lisibilit&#233;, lorsqu&#8217;il est ais&#233; d&#8217;identifier un &#8221; nous &#8221; par opposition &#224; un &#8221; eux &#8220;, l&#8217;implication est intense. M&#234;me si, pour l&#8217;instant, fragmentation et &#233;pouvantails freinent l&#8217;exercice effectif du suffrage universel et consolident la voie d&#8217;une modernisation semi-autoritaire autour de la monarchie.<\/p>\n<p>Mounia Bennani-Chra&#239;bi<\/p>\n<p>Professeure &#224; l&#8217;Institut d&#8217;&#233;tudes politiques et internationales &#224; l&#8217;universit&#233; de Lausanne<\/em><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div data-src=\"v5\">Yesterday Le Monde published a fascinating analysis of the recent Moroccan parliamentary elections. I am pasting the full article after the jump since I don&#8217;t think it&#8217;s available to non-subscribers, and will focus on a choice excerpt here:<\/p>\n<blockquote><p>En fait, c&#8217;est l&#8217;abstention sociologique &#8211; celle de la masse des marginalis&#233;s sociaux &#8211; qui s&#8217;est le plus amplifi&#233;e entre 2002 et 2007, en relation &#233;troite avec le rel&#226;chement du maillage social et politique, en ville bien davantage qu&#8217;&#224; la campagne (respectivement 30 % et 43 % de participation). D&#8217;une part, ces populations craignent beaucoup moins les repr&#233;sailles administratives si elles ne se rendent pas aux urnes. D&#8217;autre part, l&#8217;introduction du bulletin unique rend le contr&#244;le de l&#8217;&#233;change marchand des voix beaucoup plus co&#251;teux : il faut aussi avoir les moyens d&#8217;acheter suffisamment de t&#233;l&#233;phones portables avec appareil photo int&#233;gr&#233; pour permettre &#224; l&#8217;&#233;lecteur d&#8217;attester dans l&#8217;isoloir qu&#8217;il a rempli sa part du march&#233; ! Il est donc plus difficile de monnayer la voix des &#8221; pauvres &#8221; contre de l&#8217;argent. Dor&#233;navant, ils ont peu &#224; gagner ou &#224; perdre dans une telle transaction.<br \/>\n<strong>My translation: <\/strong>In fact, it is sociological absentionism &#8212; that of the masses of social marginals &#8212; that has been most amplified between 2002 and 2007, in close correlation with the withdrawal of the social and political lockdown [of former security practices], in cities much more than in the countryside (respectively 30% and 43% participation rates). On the one hand, these populations have much less to fear from security forces if they do not vote. On the other, the introduction of the single ballot makes controlling vote-buying much more expensive [for vote-buyers]: one must have the means of buying enough camera-phones to enable the voter to prove that he has fulfilled his part of the bargain! It is therefore more difficult to exchange the votes of the &#8220;poor&#8221; for money. From now on, they have little to gain or win in such a transaction.<\/p><\/blockquote>\n<p>In other words, even though it is said there was a high amount of vote-buying in the election, vote-buying overall has become more expensive and therefore is necessarily limited. In turn, there is less motivation for vote-sellers to go vote, especially as the relative security\/political liberalization of the past decade mean that the state intimidation factor (go vote or else!) once enforced through the ground-level representatives of the Ministry of Interior (moqaddems etc.) is no longer such a compelling reason to vote.<br \/>\nDo read the article through the end for a solid analysis of why the Istiqlal party came first &#8212; basically its well-established party machine and network of notables and municipal level supporters across the country. Hence why I have kept hearing that municipal elections (the next ones being in 2009) are more important than parliamentary ones, because they represent a real local-level form of political representation compared to the more abstract parliamentary representation (and everyone complains that they only see their MPs during elections anyway.)<br \/>\n<!--more--><br \/>\n<strong>Full Article<\/strong><em><br \/>\n<\/em><strong><em>Elections au Maroc : l&#8217;h&#233;ritage d&#8217;Hassan II<\/em><\/strong><em><br \/>\nSi la sc&#232;ne &#233;lectorale s&#8217;apparente davantage &#224; un grand souk des voix, le politique se r&#233;fugie ailleurs Les deux gagnants des l&#233;gislatives du 7 septembre sont le client&#233;lisme et un abstentionnisme multiforme<br \/>\nAu Maroc, le raz de mar&#233;e islamiste annonc&#233; n&#8217;a pas eu lieu. Pour trois raisons. En premier lieu, les effets d&#8217;une ing&#233;nierie &#233;lectorale sophistiqu&#233;e ne sont pas &#224; minorer. D&#233;coupage finement cisel&#233; et mode de scrutin de liste &#224; la proportionnelle &#224; un tour interdisent l&#8217;&#233;mergence d&#8217;une majorit&#233; absolue.<br \/>\nEnsuite, si Hassan II est mort, son h&#233;ritage demeure plus vivace que jamais. Les analyses &#233;lectorales effectu&#233;es par R&#233;my Leveau dans les ann&#233;es 1960 permettaient de d&#233;gager une carte politique r&#233;v&#233;lant des &#8221; blocs massifs de tendances oppos&#233;es &#8220;, refl&#233;tant des clivages g&#233;ographiques, sociaux et culturels qui d&#233;partageaient les quatre grands partis d&#8217;alors. Quarante ans plus tard, le pluralisme social s&#8217;est mu&#233; en balkanisation politique. Sous Mohammed VI, nul besoin d&#8217;accompagner la naissance de partis loyaux : 33 partis &#233;taient en lice le 7 septembre.<br \/>\nEn troisi&#232;me lieu, agiter l&#8217;&#233;pouvantail de l&#8217;islamisme &#8211; les &#8221; classes dangereuses &#8221; d&#8217;aujourd&#8217;hui &#8211; est utile politiquement. Mais, on le voit bien, il ne suffit pas de crier &#8221; Dieu est grand ! &#8221; pour mobiliser les voix de la communaut&#233; des croyants. Certes, lors du dernier scrutin l&#233;gislatif, le Parti de la justice et du d&#233;veloppement (PJD) est arriv&#233; en premi&#232;re position en nombre de voix, et en seconde en si&#232;ges (46 si&#232;ges). Dans la tribune de l&#8217;opposition, il a succ&#233;d&#233; &#224; la gauche, apr&#232;s avoir r&#233;alis&#233; un syncr&#233;tisme entre social-d&#233;mocratie et tradition islamique r&#233;invent&#233;e, impr&#233;gn&#233; de discours moralisateur et identitaire. Actuellement, c&#8217;est l&#8217;un des partis les mieux organis&#233;s et le plus dot&#233; en ressources militantes instruites et disciplin&#233;es. Mais son ancrage est avant tout urbain.<br \/>\nOr les cadres du PJD le savent bien : en ville, il leur manque la grande organisation syndicale que la gauche a contr&#244;l&#233;e en son temps. De plus, leurs sections estudiantines, f&#233;minines, leurs scouts et leurs associations de bienfaisance sont concurrenc&#233;s m&#234;me en milieu urbain par les notables qui disposent d&#8217;une manne financi&#232;re autrement importante.<br \/>\nAu village, la comp&#233;tition est d&#8217;autant plus rude que les autorit&#233;s locales continuent &#224; soutenir plus ou moins discr&#232;tement les &#8221; d&#233;fenseurs du tr&#244;ne &#8220;. Si le PJD a fait une perc&#233;e fulgurante lors des l&#233;gislatives de 2002 en pr&#233;sentant des candidats dans la moiti&#233; des circonscriptions, c&#8217;est aussi parce qu&#8217;il avait concentr&#233; ses efforts sur les lieux o&#249; la d&#233;monstration de force &#233;tait possible. Depuis, le parti a d&#233;&#231;u une partie de ses &#233;lecteurs : sa normalisation acc&#233;l&#233;r&#233;e, le souci d&#8217;apaiser les &#233;lites marocaines et l&#8217;opinion publique internationale, ont donn&#233; l&#8217;impression &#224; certains de ses sympathisants que &#8221; le match est vendu &#8220;.<br \/>\nEn revanche, si victoire il y a eu le 7 septembre, c&#8217;est bien celle des abstentionnistes (63 % des inscrits contre 49 % en 2002) et du client&#233;lisme &#233;lectoral. Les chiffres homog&#233;n&#233;isent de mani&#232;re factice la pluralit&#233; des voix de l&#8217;abstention et des votes &#8221; invalides &#8221; (19 % des votes exprim&#233;s). Ils amalgament r&#233;fractaires constants et irr&#233;guliers, anciens et nouveaux, indiff&#233;rents et impliqu&#233;s, exclus politiques et marginalis&#233;s sociaux, &#8221; incomp&#233;tents &#8221; et &#8221; trop comp&#233;tents &#8220;, etc. Alors que l&#8217;abstention active d&#233;limite les fronti&#232;res &#224; g&#233;om&#233;trie variable entre l'&#8221; opposition de Sa Majest&#233; &#8221; et l'&#8221; opposition &#224; Sa Majest&#233; &#8220;, l&#8217;abstention passive gagne du terrain et exprime la fameuse &#8221; crise de la repr&#233;sentation politique &#8220;.<br \/>\nAu premier chef, elle repose sur une remise en cause de la classe politique dans son ensemble, islamistes compris. Sur un autre plan, le Parlement et le gouvernement ne sont pas per&#231;us comme des lieux de prise de d&#233;cision : le pouvoir est ailleurs, au sommet du royaume, dans les commissions et les fondations royales.<br \/>\nParadoxalement, dans cette derni&#232;re cat&#233;gorie d&#8217;abstentionnistes, l&#8217;on compte aussi bien les adeptes que les pourfendeurs du marketing politique dont fait l&#8217;objet Mohammed VI : un roi en campagne permanente &#224; l&#8217;image des sultans prestigieux d&#8217;antan, comme le confirmait le discours du tr&#244;ne du 30 juillet : &#8221; Je m&#8217;attache &#224; d&#233;finir les grandes orientations pour la nation marocaine. (&#8230;) Les &#233;lections ne consistent pas, au fond, &#224; s&#8217;engager dans une comp&#233;tition inutile et inopportune, &#224; propos des judicieux choix strat&#233;giques de la nation. &#8221;<br \/>\nParmi les nouveaux abstentionnistes, signalons aussi les orphelins de la gauche qui n&#8217;ont &#233;t&#233; s&#233;duits ni par le PJD ni par les petites formations de gauche. A la source du d&#233;senchantement se trouve peut-&#234;tre l&#8217;&#233;valuation des r&#233;sultats obtenus au sein du gouvernement, mais surtout le fonctionnement interne de l&#8217;Union socialiste des forces populaires (USFP), ses ambivalences, les couleuvres que le palais lui aurait fait avaler, son soutien plus ou moins explicite &#224; la r&#233;pression de journalistes et de dipl&#244;m&#233;s au ch&#244;mage, la rupture avec les bases, etc. De premier parti en 2002 (50 si&#232;ges), l&#8217;USFP est devenu le 5e en septembre (38 si&#232;ges).<br \/>\nEn fait, c&#8217;est l&#8217;abstention sociologique &#8211; celle de la masse des marginalis&#233;s sociaux &#8211; qui s&#8217;est le plus amplifi&#233;e entre 2002 et 2007, en relation &#233;troite avec le rel&#226;chement du maillage social et politique, en ville bien davantage qu&#8217;&#224; la campagne (respectivement 30 % et 43 % de participation). D&#8217;une part, ces populations craignent beaucoup moins les repr&#233;sailles administratives si elles ne se rendent pas aux urnes. D&#8217;autre part, l&#8217;introduction du bulletin unique rend le contr&#244;le de l&#8217;&#233;change marchand des voix beaucoup plus co&#251;teux : il faut aussi avoir les moyens d&#8217;acheter suffisamment de t&#233;l&#233;phones portables avec appareil photo int&#233;gr&#233; pour permettre &#224; l&#8217;&#233;lecteur d&#8217;attester dans l&#8217;isoloir qu&#8217;il a rempli sa part du march&#233; ! Il est donc plus difficile de monnayer la voix des &#8221; pauvres &#8221; contre de l&#8217;argent. Dor&#233;navant, ils ont peu &#224; gagner ou &#224; perdre dans une telle transaction.<br \/>\nD&#232;s lors, le client&#233;lisme &#233;lectoral et la dimension censitaire du scrutin (il faut &#234;tre fortun&#233; pour mener une campagne tambour battant !) sortent revigor&#233;s de cette jonction entre lib&#233;ralisation relative et d&#233;senchantement politique. Car il ne faut pas se tromper sur l&#8217;interpr&#233;tation des succ&#232;s de l&#8217;Istiqlal (52 si&#232;ges). Depuis sa cr&#233;ation, en 1944, le registre nationaliste a fait long feu. Lorsque des candidats du Parti de l&#8217;ind&#233;pendance essayaient de mobiliser les &#233;lecteurs en leur rappelant &#8221; nous avons lib&#233;r&#233; le pays &#8220;, des jeunes leur r&#233;torquaient &#8221; vous n&#8217;auriez pas d&#251; &#8220;. Ce ne sont pas non plus les r&#233;alisations des superministres de la jeune garde du parti qui ont rapport&#233; le maximum de voix.<br \/>\nPour l&#8217;Istiqlal comme pour le Mouvement populaire (41 si&#232;ges) et bien d&#8217;autres, la diff&#233;rence a &#233;t&#233; faite par les machines &#224; fabriquer le vote et &#224; coopter les notables argent&#233;s : pr&#233;sidences de commune, quadrillage de certains villages, quartiers populaires et bidonvilles par des leaders locaux, coul&#233;s &#224; l&#8217;occasion dans le moule des associations.<br \/>\nPourtant, on aurait tort de parler de d&#233;politisation g&#233;n&#233;rale des Marocains. Si la sc&#232;ne &#233;lectorale s&#8217;apparente davantage &#224; un grand souk des voix, le politique se r&#233;fugie ailleurs. En t&#233;moignent la vigueur de certains mouvements sociaux, les grandes mobilisations en faveur de la Palestine ou de l&#8217;Irak, mais aussi l&#8217;excitation que manifestent les Marocains lors des pr&#233;sidentielles en France. Lorsqu&#8217;il y a des enjeux et de la lisibilit&#233;, lorsqu&#8217;il est ais&#233; d&#8217;identifier un &#8221; nous &#8221; par opposition &#224; un &#8221; eux &#8220;, l&#8217;implication est intense. M&#234;me si, pour l&#8217;instant, fragmentation et &#233;pouvantails freinent l&#8217;exercice effectif du suffrage universel et consolident la voie d&#8217;une modernisation semi-autoritaire autour de la monarchie.<br \/>\nMounia Bennani-Chra&#239;bi<br \/>\nProfesseure &#224; l&#8217;Institut d&#8217;&#233;tudes politiques et internationales &#224; l&#8217;universit&#233; de Lausanne<\/em><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[4],"tags":[34],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2311"}],"collection":[{"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2311"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2311\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2311"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2311"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/amrani.cc\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2311"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}